Une Neuchâteloise de 22 ans présente son atelier de couture en ville. Née le 7
janvier 1976 à Neuchâtel, Anne-Caroline Huguenin fut très tôt passionnée par la
confection de vêtements (en commençant par ses poupées). Après sa scolarité
obligatoire, elle suit les trois années de l'Ecole de couture de La Chaux-de-Fonds et
obtient son Certificat Fédéral de Capacité. Après un premier emploi à l'atelier
Tricouti (formation de personnes non couturières), elle part à Paris étudier à ESMOD
(Ecole supérieure des arts et techniques de la mode), en formation styliste-modéliste.
C'est à cette époque qu'Issey Miyake (Carrousel du Louvre), Dirk Bikkenbergs (Hôtel
Intercontinental), John Ribb, Inès De La Fressange et Next G+U+R+U Now (jeunes créateurs
berlinois) l'accueillent pour les défilés prêt-à-porter en tant qu'habilleuse. Elle
participe également à la soirée "Enfance et Partage" au Cirque d'Hiver, où
des vedettes défilaient avec leur enfant. Pendant un mois, elle effectue un stage chez
Nina Ricci en qualité de préparatrice des collections d'été 1998. De retour en Suisse,
Anne-Caroline décide de devenir indépendante en ouvrant son propre atelier début 1998.
Simultanément, elle prépare une collection dans le but de se faire connaître; en
particulier lors d'un défilé de mode. Une nouvelle collection est en préparation depuis
janvier 1999 et sera présentée avant la fin de l'année. Elle sera composée de 25
modèles femme et 11 modèles homme (inspirations: écosse, dandy, tricot main, les
fameuses longues manches et les encolures avec goutte, sans oublier les épingles de
nourrice si caractéristiques du style ACH). Défilé à la Case à Chocs Une première
collection qui va épingler! Adepte inconditionnelle de l'épingle de nourrice, des
grosses coutures et des poches devant, derrière et sur les côtés, Anne-Caroline
Huguenin, 22 ans, va présenter ses premiers modèles ce samedi à la Case à Chocs de
Neuchâtel. Des fringues 100% "black", un zeste grunge, à porter de
préférence avec des DocMartens. Dans son petit appartement niché sous les toits d'un
immeuble de la rue des Moulins, Anne-Caroline Huguenin, originaire du Locle mais ayant
grandi à Cortaillod, s'affaire depuis huit mois à la réalisation de sa première
collection, à laquelle elle vient de mettre la dernière touche. Cinéphile de choc,
Anne-Caroline est aussi une accro du fil. C'est sur la mezzanine de son appartement
qu'elle a installé son atelier de couture. Ce samedi, elle montrera au public de la Case
à chocs de quoi elle est capable. Toute vêtue de noir, des pompes à grosse semelle aux
pieds, deux couettes sur la tête et quelques tresses en bataille, Anne-Caroline est à
l'image des vêtements qu'elle a confectionnés. La preuve: "A la base, je les ai
crées pour moi, afin de renouveler ma garde-robe, pas pour faire de l'argent", lance
la jeune femme, qui précise que, bien évidemment, si ses vêtements plaisent, elle est
prête à coudre à nouveau des modèles qu'elle n'a toutefois pas l'intention
de proposer dans les boutiques, mais de vendre de main à main. Sous la griffe ACH, un
petit bout de tissu blanc rectangulaire cousu sur un endroit original, à l'extérieur du
vêtement. Grunge et plus habillé Les 34 premiers modèles d'Anne-Caroline, dont six pour
hommes, sont à sa taille et se composent essentiellement de pantalons, assortis de pulls
plutôt amples aux manches plus longues que longues, et dont la majorité présentent des
cols évasés en forme de goutte. On y trouve également des tailleurs blazer-jupe ou
blazer-pantalon au look plutôt chic, des jupes longues et droites ou plus courtes et un
sympathique manteau dont le bouton de fermeture a été remplacé par une épingle de
nourrice. Et il n'est pas une pièce - pull, pantalon, jupe ou veste - qui ne joue pas
l'atout poche, aux endroits parfois les plus inaccessibles comme dans le creux du dos.
Mais avant d'être utile, la poche, plate ou soufflet, se veut une note originale.
Inspirée des Japonais Si les tissus avec lesquels a travaillé la jeune Neuchâteloise
sont du lin, de la soie, de la laine, du coton et même de la doublure de manteau (qui a
donné naissance à un rigolo pull-over) - "des tissus achetés à très bon marché
à Paris au vu de mon petit budget" -, ils sont tous uniformément noirs, à
l'exception d'un pantalon écossais. "Eh! oui, c'est ma couleur préférée, car
j'aime ce qui est sobre", sourit Anne-Caroline. Raison pour laquelle la jeune
couturière apprécie tout particulièrement les couturiers japonais; à l'image de
"Comme des garçons", lssey Miyake ou encore Yohji Yamamoto, dont elle confie
modestement s'être un peu inspirée pour ses créations. La débrouille Son premier
défilé, Anne-Caroline a choisi de le faire à la Case à Chocs, un endroit qui,
dit-elle, lui correspond mieux que les salons luxueux d'un grand hôtel! Pour l'occasion,
la jeune femme a fait appel à ses copains pour jouer les mannequins, six filles et six
garçons, qui opéreront 34 passages. Pour ce qui est de la coiffure, du maquillage et des
bijoux, on joue la débrouille et on fait tout ça en famille. De même pour la
chorégraphie, la musique et le light-show. La galère Lorsqu'elle termine son
apprentissage de couturière, en 1995, Anne-Caroline travaille durant six mois dans un
atelier pour chômeurs à La Chaux-de-Fonds. Puis, faute de travail, elle timbre plusieurs
mois, avant de s'envoler pour Paris avec une copine. Là, elle suit des cours dans, une
école de stylisme. "L'école durait trois ans, mais je n'avais pas les moyens
d'y rester plus d'un an". Pour se faire quelques sous à côté des cours, la
débrouille Anne-Caroline joue les habilleuses pour des grandes maisons de couture comme
Inès de La Fressange où lssey Miyake lors des défilés des nouvelles collections de
prêt-à-porter. "J'ai également fait un stage d'un mois chez Nina Ricci".
En juin dernier, Anne-Caroline revient en Suisse. A nouveau au chômage, elle décide
alors de se jeter à l'eau et de créer une collection. Au début de l'année, elle monte
son atelier de couture, faisant des retouches et du sur mesure. Et la petite affaire
commence à rouler doucement.