Deux articles dans l'Express de Neuchâtel:
Une
Neuchâteloise de 22 ans présente son premier défilé
Une première collection qui va épingler! Adepte inconditionnelle de l'épingle de nourrice, des grosses coutures et des poches devant, derrière et sur les côtés, Anne-Caroline Huguenin, 22 ans, va présenter ses premiers modèles ce samedi à la Case à Chocs de Neuchâtel. Des fringues 100% "black", un zeste grunge, à porter de préférence avec des DocMartens.
Dans son petit appartement niché sous les toits d'un immeuble de la rue des Moulins, Anne-Caroline Huguenin, originaire du Locle mais ayant grandi à Cortaillod, s'affaire depuis huit mois à la réalisation de sa première collection, à laquelle elle vient de mettre la dernière touche. Cinéphile de choc, Anne-Caroline est aussi une accro du fil. C'est sur la mezzanine de son appartement qu'elle a installé son atelier de couture. Ce samedi, elle montrera au public de la Case à chocs de quoi elle est capable.
Toute vêtue de noir, des pompes à grosse semelle aux pieds, deux couettes sur la tête et quelques tresses en bataille, Anne-Caroline est à l'image des vêtements qu'elle a confectionnés. La preuve: "A la base, je les ai crées pour moi, afin de renouveler ma garde-robe, pas pour faire de l'argent", lance la jeune femme, qui précise que, bien évidemment, si ses vêtements plaisent, elle est prête à coudre à nouveau des modèles qu’elle n’a toutefois pas l'intention de proposer dans les boutiques, mais de vendre de main à main. Sous la griffe ACH, un petit bout de tissu blanc rectangulaire cousu sur un endroit original, à l'extérieur du vêtement.
Grunge et plus habillé
Les 34 premiers modèles d'Anne-Caroline, dont six pour hommes, sont à sa taille et se composent essentiellement de pantalons, assortis de pulls plutôt amples aux manches plus longues que longues, et dont la majorité présentent des cols évasés en forme de goutte. On y trouve également des tailleurs blazer-jupe ou blazer-pantalon au look plutôt chic, des jupes longues et droites ou plus courtes et un sympathique manteau dont le bouton de fermeture a été remplacé par une épingle de nourrice. Et il n'est pas une pièce - pull, pantalon, jupe ou veste - qui ne joue pas l'atout poche, aux endroits parfois les plus inaccessibles comme dans le creux du dos. Mais avant d'être utile, la poche, plate ou soufflet, se veut une note originale.
Inspirée des Japonais
Si les tissus avec lesquels a travaillé la jeune Neuchâteloise sont du lin, de
la soie, de la laine, du coton et même de la doublure de manteau (qui a donné naissance
à un rigolo pull-over) - "des tissus achetés à très bon marché à Paris au vu
de mon petit budget" -, ils sont tous uniformément noirs, à l'exception d'un
pantalon écossais. "Eh! oui, c'est ma couleur préférée, car j'aime
ce qui est sobre", sourit Anne-Caroline. Raison pour laquelle la jeune
couturière apprécie tout particulièrement les couturiers japonais; à l'image de
"Comme des garçons", lssey Miyake ou encore Yohji Yamamoto, dont elle confie
modestement s'être un peu inspirée pour ses créations.
La débrouille
Son premier défilé, Anne-Caroline a choisi de le faire à la Case à Chocs, un
endroit qui, dit-elle, lui correspond mieux que les salons luxueux d'un grand hôtel! Pour
l'occasion, la jeune femme a fait appel à ses copains pour jouer les mannequins, six filles et six garçons, qui opéreront 34
passages. Pour ce qui est de la coiffure, du maquillage et des bijoux, on joue la
débrouille et on fait tout ça en famille. De même pour la chorégraphie, la musique et
le light-show.
La galère
Lorsqu'elle termine son apprentissage de couturière, en 1995, Anne-Caroline
travaille durant six mois dans un atelier pour chômeurs à La Chaux-de-Fonds. Puis, faute
de travail, elle timbre plusieurs mois, avant de s'envoler pour Paris avec une copine.
Là, elle suit des cours dans, une école de
stylisme. "L’école durait trois ans, mais je n'avais pas les moyens d'y
rester plus d'un an". Pour se faire quelques sous à côté des cours,
la débrouille Anne-Caroline joue les habilleuses pour des grandes maisons de couture
comme Inès de La Fressange où lssey Miyake lors des défilés des nouvelles collections
de prêt-à-porter. "J'ai également fait un stage d’un mois chez Nina Ricci".
En juin dernier, Anne-Caroline revient en Suisse. A nouveau au chômage, elle décide alors de se jeter à l'eau et de créer une collection. Au début de l'année, elle monte son atelier de couture, faisant des retouches et du sur mesure. Et la petite affaire commence à rouler doucement.

Seule touche claire du défilé, la
mariée, portant
un bouquet de coton a été très applaudie.
Succès pour
une jeune styliste
"L 'après-midi, c'est
principalement mes amis et ma famille qui se sont déplacés. Et je ne pensais pas que, le
soir, tant de monde attendrait le défilé, s'inquiétant de savoir quand il allait
commencer", s'étonne Anne-Caroline Huguenin. La jeune styliste, qui, samedi
dernier, à présenté sa première collection: 34 modèles dont 6 pour hommes, à la Case
à chocs, à Neuchâtel.
Les spécificités de la collection feront certainement très vite reconnaître les modèles signés ACH. La couleur, tout d'abord. Uniformément noire, hormis quelques pantalons et une minijupe taillés dans un tissu écossais rouge. Puis les manches, systématiquement trop longues, des pulls et manteaux. Les poches, cousues sur les canons des pantalons et parfois dans le dos des pulls se veulent plus décoratives qu'utilitaires. Enfin, pas un bouton pour fermer manteaux et blazer. La jeune styliste les remplace avantageusement par des épingles de nourrice.
Ventes en vue
Les mannequins (tous des copains d'Anne-Caroline), "qui avaient un trac
monstre", s'en sont très bien sortis. Maquillage cernant les yeux de noir,
cheveux roux pour la plupart, tous chaussés de grosses semelles, ils ont adopté une
marche qui se voulait nonchalante.
"Trois garçons se sont déjà approchés de moi pour acheter des pantalons. Le succès qu'a connu ce défilé m'incite à persévérer; J'ai envie de créer une collection totalement masculine. Mais ça dépendra de mes moyens", conclut la jeune créatrice.